AuteurSujet: Nucléaire contre renouvelables : halte au feu  (Lu 260 fois)

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Nucléaire contre renouvelables : halte au feu
« le: Septembre 04, 2017, 12:51:19 pm »
Gérard Creuzet / Consultant indépendant, membre de l'Académie des Technologies   

Il faut d'urgence arrêter les guerres de religion entre nucléaire et énergies renouvelables. Les deux doivent enfin travailler ensemble.

La stratégie d’un pays en matière de production électrique est fondamentale, tant pour les
entreprises que pour les particuliers. Il faut optimiser la disponibilité, le coût, la sûreté des moyens de
production, tout en minimisant les émissions de CO2. Trouver le bon "mix" électrique est un exercice
difficile, comme toutes les optimisations multicritères de grands systèmes. Compte tenu du coût et de
la durée de vie des investissements, chaque décision nous engage sur longue période.

On pourrait donc s’attendre à ce que cette question soit étudiée avec le plus grand sérieux, modélisée
de façon rigoureuse en envisageant de nombreuses hypothèses, car c’est l’intérêt de tous. En lieu et
place de cela, on assiste depuis de nombreuses années à une véritable guerre de religion, comme si le
débat se résumait à une bataille rangée entre les partisans du nucléaire et leurs farouches opposants,
chantres des énergies renouvelables.

Ce spectacle est indigne d’une grande nation, parce qu’aucune solution sérieuse ne peut résulter d’un
tel affrontement. Nous devons absolument en sortir au plus vite, définir une stratégie de long terme et
nous y tenir. C’est le rôle d’un État stratège.

Au cours du précédent quinquennat, une loi de transition énergétique a été votée. Elle limite à 50 % la
part de l’électricité d’origine nucléaire à l’horizon 2025. Le sujet du devenir de la centrale de
Fessenheim a déchaîné les passions : aucun consensus n’a pu être trouvé, et à ce jour le processus de
fermeture est conditionné au démarrage de l’EPR de Flamanville.

Nos voisins allemands ont pris une décision radicale dans la période de forte sensibilité émotionnelle
qui a suivi la catastrophe de Fukushima : ils ont arrêté toutes leurs centrales nucléaires en quelques
années, et les ont remplacées par des moyens thermiques à forte émission de CO2, ce qui n’est
évidemment pas une solution satisfaisante quand la lutte contre le réchauffement climatique est
l’une des principales priorités mondiales.

Quelques évidences

Il est grand temps de rappeler quelques évidences qui s’imposent à tous, soit parce qu’elles résultent
de lois physiques, soit parce qu’elles relèvent simplement du bon sens.
D’abord, il faut examiner la demande. Nous devons faire plus d’efforts pour atteindre la meilleure
efficacité énergétique, que ce soit au niveau de l’isolation des logements, des process industriels, et
plus généralement de toutes les activités qui consomment de l’électricité. Ces efforts doivent nous
permettre de stabiliser, voire de réduire la consommation du périmètre actuel.
Mais dans le même temps, nous avons des projets ambitieux et légitimes qui feront significativement
augmenter la demande, comme le déploiement à grande échelle des voitures électriques. Il y a donc
fort à parier que le volume de la demande va augmenter, et pas seulement de quelques pourcents à
l’horizon des 20 prochaines années.
Une fois rappelée cette partie de l’équation, il faut mettre en face les moyens nécessaires pour assurer
à tout moment l’équilibre offre-demande, et ceci à partir d’un parc installé qui est ce qu’il est, et qui
somme toute a bien rempli son rôle : la France a très peu de coupures d’électricité (sauf en cas de

phénomènes climatiques qui affectent les lignes de transport et de distribution), le prix de l’électricité
est l’un des plus faibles d’Europe, et nous émettons peu de CO2.

Le verrou du stockage

Disons tout de suite que s’il était possible de bâtir un système électrique 100 % renouvelable, ce ne
serait pas trop difficile de trouver un consensus. Mais ce n’est pas le cas, essentiellement en raison de
l’intermittence des renouvelables. L’équipement hydraulique du pays est à son maximum depuis de
nombreuses années, et l’éolien comme le photovoltaïque ne sont disponibles que quand les
conditions naturelles sont réunies, ce qui malheureusement n’est souvent pas le cas lors des périodes
de forte demande, en hiver par exemple. La solution à ce problème s’appelle le stockage électrique,
mais c’est un sujet technologique complexe dont personne ne voit la solution à grande échelle dans
un futur proche.

Un système électrique doit être stabilisé par des moyens de production lourds, disponibles à tout
moment, capables de s’adapter aux fortes variations de la demande qui ont tendance à s’amplifier,
par exemple en raison de la volatilité croissante des températures d’un jour sur l’autre, conséquence
du changement climatique.

Les limites du nucléaire

Pour assurer cette production de base, nous avons historiquement choisi d’investir massivement
dans le parc électronucléaire que nous exploitons actuellement, ce qui nous conduit à avoir un taux
d’électricité d’origine nucléaire de 75 % à 80 % selon les années. C’est trop, mais pas pour des raisons
dogmatiques ; c’est trop, car une centrale nucléaire n’a pas vocation à faire des arrêts et redémarrages
fréquents, ce qui nous conduit à avoir un taux de disponibilité du parc trop faible alors qu’EDF
est l’exploitant qui a de loin la plus grande expérience en termes d’"années x réacteur" sur la planète.
Nous gagnerions à remplacer une partie du nucléaire par des moyens de production thermiques à
faible émission de CO2, comme des cycles combinés à gaz, pour moduler la production avec
souplesse.

Les pistes de travail sont donc devant nous : améliorer l’efficacité énergétique partout où c’est
possible, augmenter la part des renouvelables en assurant la stabilité globale du système, réduire la
part du nucléaire en améliorant toujours la sécurité des installations, fermer définitivement les
moyens de production fortement émetteurs de CO2 et les remplacer par des cycles combinés à gaz. Et
surtout, travaillons ensemble et arrêtons définitivement les guerres de religion

Source Les Echos: https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-173305-nucleaire-contre-energies-renouvelables-halte-au-feu-2111071.php